C’est arty mon Kanye?

by Jean GLOB

S’il voulait qu’on parle encore de lui, c’est réussi. Encore faut-il trouver quoi dire après ces 35 min de film. De clip? Ouais, peut-être. « Can we get much higher? » Ouais, sûrement. Mais va falloir faire mieux, Kanye.

Tout commence dans la forêt. Le petit bolide roule sagement (Drive slow, homie! Remember?) quand la comète s’écrase sous son nez. Ces choses là n’arrive qu’à lui.

C’est une petite bête à plume comme on aimerait recueillir, aux seins proprement siliconnés. Quelle est mignonne! Pure, ingénue et tout ça.

Elle se réveille sur la banquette Louis XV. Le JT islandais déblatère à l’écran. « First rule in this world, Baby, don’t pay attention to anything you see on the news. » Sage conseil K, en voilà une parole sensée…

Bambi, le petit mouton et Jeannot Lapin s’ébattent dans le jardin. Les dindons sous l’appenti. Ne manquent que les trois Petits Cochons. C’est bucolique! Lorsque, dans son salon, Kanye s’excite sur sa MPC elle réagit. Le petit ange n’est donc pas sourd.

C’est la nuit, le désert, la fanfare, la Mort vêtue de noir, vêtue de blanc. Le Klan en cuir noir et capuche rouge est là aussi. « Follow the light », hurle Rihanna. Une idole païenne à l’effigie de Michael les accompagne. Alleluia, allégorie et feux d’artifices!

Un hangar, une table immense, des convives, tout est blanc. Gretchen et ses copines sont là pour assurer le service. Kanye et sa morale chrétienne en fond sonore. C’est le partage du pain, le sang changé en Cristal Roederer. La Cène version Mr West.

Silence… l’Homme joue du piano debout. Tel le joueur de flûte ou un marionnettiste, tu verras. Kanye West n’est pas une danseuse. Ce sont les danseuses qui sont Kanye West.

« Let’s have a toast for the douchebags, let’s have a toast for the assholes, let’s have a toast for the scumbags, every one of them that I know » A la nôtre! En plein tourment, la main sur le coeur, sous les applaudissements, il passe à table. Et c’est le drame!

La faute au cuisinier malfaisant et son faisant fourré au fois gras. Un festin foiré…

Je vous laisse découvrir la fin.

On le savait déprimé, tourmenté, perdu, au fond du trou ; en voici un nouvel exemple. Mais Kanye West l’écorché en 35 mm, en 35 min c’est un peu long, c’est un peu lourd.

La musique c’est du Kanye pur jus et pas des plus inspirée. Les lyrics sont plan-plan, gnan-gnan et pas mal moralisateurs. Même la photo du film est sombre et froide, presque glauque.

Alors bien sûr il nous dira qu’il nous délivre un message sur le monde dans lequel on vit. Mais je ne vis pas dans le sien.

Je ne sais pas si je n’aime pas ou si je m’en fous. C’est faussement beau mais pas vraiment moche mais au moins il transcende les codes d’un artiste hip-hop devenu pop. C’est bien, il se fait plaisir mais pas à nous. Je l’ai connu plus sympathique.

Runaway? Ouais, mais loin alors. Damn!

Kanye West – Runaway (Full-length Clean)