L’homme des pyrénées

by Jean GLOB

Guillaume Cabantous, The Desman. Fendre la pierre et fondre au soleil.
Galerie Odile Ouizeman, Paris.

Quoi de mieux qu’un artiste directement issu des Pyrénées pour ouvrir la saison hivernale.
Rassures toi, pas besoin d’aller sur les pistes, pas besoin de montagnes, de neige. Te ruines pas en pass, en location de ski et tout le toutim… tu prends tes p’tits pieds et puis tu vas jusqu’à la galerie Odile Ouizeman au coeur du Marais. Pratique, comme ça tu pourras continuer tes petites emplettes de noël et, par le même occasion, pousser la porte de quelques bonnes galeries d’art contemporain.  Pense à tout ce Glob!

Bon, une fois à l’intérieur inutile de t’attendre à l’ambiance sport de glisse, fondue et grand air, tu serais déçu.
Ici, c’est surtout de l’ordre du non palpable, une forme d’état d’esprit. Ça peut paraître ridicule dit comme ça, mais oui il y a un état d’esprit « montagne », un ressenti « montagne ». C’est certainement les grands espaces, le vide, le silence, le brut, l’inconnu …

Y’ a quelque chose de l’ordre de l’archaïque dans le travail de Guillaume Cabantous, une forme de retour aux sources, de retour aux éléments simples, voire primaires.  Y’a d’abord cette technique, ce processus créatif dont le corps et l’énergie semblent absolument nécessaire et puis y’a le choix des matériaux : bruts et naturels mais y’a surtout cette simplicité apparente de l’oeuvre. On arrive, on voit, on ressent, on comprend.  Ça va pas plus loin. Pas besoin de décryptage, d’infos et autre blabla rébarbatif. J’te parle même pas d’aimer ou de pas aimer, après ça te regarde, j’te parle de ressentir une oeuvre, d’emblée, sans a priori, sans complications. Elle te parle, tu reçois.
Car, après tout, il s’agit surtout de pliage. Et c’est justement là que ça devient bien. Parce qu’on est bien loin du pliage en série inventé par Hantaï au début des années 60, on évite une espèce de démonstration théorique sur le pliage comme méthode esthétique. Alors, peut-être même plus que le résultat, ce qui importe c’est le fait de plier. Plier quoi? Voilà le coeur du sujet. Plier du verre, de longues planches de verre épais, des pare-brises. Du verre rigide, lourd, réduit à un amas de pliures, des couches empilées, des lambeaux pendus à des crochets. Voila, tu sais. Mais t’inquiètes pas, ton plaisir ne sera pas gâché et peut-être même que ça va suffisamment t’allécher pour que t’y ailles. Car, j’aurais beau décrire, dire le côté spectaculaire de la chose, t’annoncer toute la poésie de l’oeuvre, parler des contrastes, de la tension et de la force qui se dégagent des sculptures de Cabantous, rien ne vaut de voir, de tester, d’expérimenter. Ça change tout. Et là tu te rendras compte.
Il te reste jusqu’au 19. Après c’est fini, on passe à la suite.

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