Black Swan

by Jean GLOB

Je me souviens d’un soir, je devais avoir 20 ans, un type me ramène Requiem For a Dream. De mon lit, j’ai regardé tout le film. J’ai détesté. Tout est une question de goût tu vas me dire. Oui, certainement.
A vrai dire, je n’ai qu’un vague souvenir du film. De très beaux acteurs. Un ensemble d’images qui m’avait semblé terriblement prétentieux, comme une impression de regarder un long et fatiguant clip. Tout me semblait outrancier, du scénario à la mise en scène, aux effets de caméra, à l’esthétique … Je me souviens aussi d’un profond dégoût. Un mal de coeur persistant. Le film avait peut-être réussi ses effets finalement. Suffisamment en tout cas pour que Darren Aronofsky m’intrigue. Autant de volonté et d’acharnement ne laisse pas indifférent. Il allait forcément en sortir quelque chose de bon. J’ai vu tout ses films. Et The Wrestler a été mon déclic. Peut-être parce que le réalisateur avait dépassé la simple démonstration de son savoir faire et que le film, plus apaisé, développait un langage cinématographique réellement intéressant. En tout cas, je me suis réconcilié avec le cinéma de Darren Aronofsky.

Et puis est venu Black Swan.  Et j’avoue que là, je suis perdu. Il y a quelque chose de jubilatoire dans ce film, une forme de réalisation de nos vieux fantasmes enfouis et de nos pires angoisses. Oui, la réalisation est superbe, oui les acteurs sont géniaux, oui la musique, oui les effets spéciaux, oui la danse, oui oui oui. Mais, j’ai comme l’impression d’un film trop facile. Un jolie mix de Requiem For a Dream et The Wrestler. Le réalisateur aime s’auto-cité apparemment. Mais Darren Aronofsky n’est pas radin, il aime bien citer les autres aussi. Du cinéma viscéral de Cronenberg ou de Carpenter, aux images hallucinatoires de Lynch, du thème de l’hystérie féminine et du double chez Polanski, au désir et à la transformation bestial chez Jacques Tourneur (La Féline 1942) et à la schizophrénie paranoïaque chez Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic (L’autre 2009). Où s’arrête l’original et où commence la citation ?
Quoi qu’il en soit, le film est bon. Hé oui, en seulement cinq longs métrages Darren Aronofsky a compris la recette du succès, la touche « film indépendant », images travaillées, personnages borderline, un peu de violence, un peu de fantastique, du suspens, du cul, un peu de branchouille, une bonne BO et puis voilà, des millions d’entrées au box office. Oui, je te l’accorde, c’est un raccourci.
Mais, de toute façon il m’a bien eu Aronofsky car, une fois encore, j’attends son prochain film avec une certaine impatience, une adaptation des aventures de Wolverine dit-on. Et, comme toujours chez Aronofsky, ce sera une histoire de (super) héros torturé.