Furby Clinic

by Jean GLOB

Le Japon ne se résume pas à une actualité tragique. La vie a repris un cours normal (enfin la normalité des japonais) et les Idoles continues d’affoler les foules avec leur micro-jupette et leur J-Pop, musique dont les sonorités sont encore plus difficiles à avaler, pour moi, que le Wasabi. Julie Watai, jeune demoiselle aux looks affriolants, fait partie de cette culture et, comme toutes bonnes Idoles, elle a su développer de nombreuses activités, plus ou moins artistiques, autour de sa personnalité et de son image. Cela va des photos coquines, à des geekeries, à des concerts et des spectacles. Bref toutes sortes d’activités qui donnent lieu, aussi, à de curieuses performances.

Musée d’art contemporain Arts Chiyoda 3331 au coeur du quartier d’Akihabara. Au sous-sol, un atelier d’électronique, Julie Watai, face caméra, sourit. Autour d’elle, des appareillages électroniques, des outils, de la mécanique et des Furbys. C’est un après-midi comme un autre à Tokyo. Parée de sa plus belle tenue de soubrette, la jeune femme minaude innocemment. On la pense naive, un peu frivole, et puis vl’a qu’elle s’attaque à un Furby. Oui oui un gentil Furby tout rose. Elle le dépèce, l’ouvre, le tournicote, lui fait subir toutes sortes d’horribles tortures. Dans quel but ? Après transformation le Furby parlera « martien » semble t-il.
C’est comme le point de départ d’un bon film d’épouvante style série B. Nous voilà face à une séduisante jeune fille qui, suite à des manipulations électroniques (un circuit bending quoi) transforme une innocente peluche enfantine en une espèce de monstre générateur de sonorités inquiétantes. Un Frankenstein à la sauce nippone. Finalement le Furby lui sauterait à la gorge et lui dévorerait le cerveau, ça ne nous étonnerait même pas.

Les gestes sont surs, les mouvements précis, c’est un peu comme un rituel dans lequel Julie Watai donne vie à une créature inutile et inquiétante. Alors oui on peut se demander à quoi ça sert. Pourquoi transformer un Furby? Pourquoi le filmer? Pourquoi le rendre public ? Mais c’est par le non-sens de l’action que ça devient intéressant. Bon, bien sûr, au Japon, une telle performance révèle un tout autre intérêt bien plus passionné (et c’est d’ailleurs ce qui, peut être, pour nous est plus passionnant). Des fans éperdus se languissent de tels spectacles et vouent un culte à ces idoles. Julie Watai, comme d’autres Idols de sa génération, réveille les fantasmes enfouis des hommes (Otakus en tête). Une femme parfaite, désirante, mélange de stéréotypes féminins (sexy, soumise, enfantine) et masculins (geeks, bricolage, jeux vidéo) une femme qui allie à une sexualité affichée une forme de retenue, de distance, l’ensemble baignant dans un univers très innocent, voire enfantin. Une femme idéale, intouchable, figée, une femme qui, finalement, n’existe pas.

Cette vidéo permet de mettre en lumière un aspect plus créatif de ce phénomène et révèle un pan de la culture japonaise, peu connu en France, paradoxal et curieux qui demanderait d’être décrypté plus en profondeur. Projet ambitieux auquel le jeune réalisateur Alexandre Cas, installé à Tokyo, s’attelle depuis quelques temps déjà via un documentaire, en préparation, sur cette subculture typique du quartier d’Akihabara.
Y’a plus qu’à attendre patiemment avec, en fond sonore, les babillages stridents d’un Furby-Martien et les délicatesses d’une geekette habillée en soubrette.

Furby circuit bending ファービー魔改造

Alex Ka, Furby Clinic (starring Julie Watai), 2011