La chasse est ouverte

by Jean GLOB

C’est l’été, le printemps, j’sais plus.
Le pollen s’envole, s’infiltre partout
J’ai les nasaux congestionnés, j’éternue toute la journée,
Et pourtant, j’le sens
C’est là, dans l’atmosphère
L’air est saturé
Ça colle, c’est poisseux, ça dégouline
Dans la journée, en pleine nuit, le matin, le soir, après dîner, pendant la sieste
c’est partout, tout le temps, en permanence
Ça m’étouffe,
et pourtant j’en redemande.

Sous les chemises à carreaux,
sous les jupes à volants, dans les caleçons, ça s’agite.
Alerte !
La chasse est ouverte.

Dans la rue, ça pue l’cul
Dans le métro, sur le trottoir, ça pue l’cul
Dans la voiture, dans le bus, sur les terrasses, ça pue l’cul
Dans les clubs, les restaurants, au café, ça pue l’cul
Au rayon fromage de Franprix, ça pue l’cul
Sous les draps, sur les oreillers, dans tes rêves, ça pue l’cul
Sur ses cheveux, sa peau, dans son cou, ça pue l’cul
Dans le creux des aisselles, ça pue l’cul. Sur mes doigts, ça pue l’cul
Dans tes yeux, ça pue le cul.

Profite !
Au mois de Mai l’été sera fini
et on retournera tous hiberner.


Les Rongeurs, La chasse est ouverte, 1996