Conversation #2 : Messieurs-Dames, salon de coiffeur

by Jean GLOB

Messieurs-Dames,
Après ma rencontre tant désagréable que fortuite de l’autre jour,
j’ai décidé, en mon âme et conscience, de :

Premièrement : laisser pousser ma barbe, histoire de vérifier la thèse de Schopenhauer.

Deuxièmement : couper mes cheveux, parce que c’est le printemps et qu’il faudra bien mettre en valeur ce nouvel attribut pileux qui, je l’espère, va bientôt me recouvrir la moitié du visage.

Pour ce faire je me rends chez Sébastien. Seb, pour les intimes.
Seb, c’est le coiffeur préféré de ma Gisèle ;
Il est beau, il est grand, il est fort.
Il est drôle, il est intelligent.
Il est modeste.
Il est marié.
Mais surtout il est doué.
Il a un putain de CV.
Il a du talent.
C’est un putain d’artiste…

Messieurs-Dames, c’est le nom du salon.
Là-bas, il vaut mieux réserver.
Même si certains passent à l’improviste se faire tailler la mèche ou la frange
Sans même prendre la peine de s’asseoir…
Il est très demandé !

Salon de coiffure mais pas coiffures de salon.
Non. les siennes ont fait leurs preuves sur scène, dans des clips, dans des films, dans la rue, le métro, dans la vraie vie, sur la tête de chanteurs, musiciens, galeristes du quartier, acteurs, facteurs, sur la tête de chômeurs, de bonne-soeurs… Des hommes et des femmes.
Moins de vingt ans,
étudiants,
moins vingt pourcents…

Morceaux choisis :

Seb : Bon alors, Jean, qu’est -ce qu’on fait à tes cheveux?
Moi : On les coupe?
Ah ça c’est comme tu veux, j’imagine que t’es venu pour ça…
Un carré plongeant?
Attends, me cherche pas!
Allez! Rasé dans la nuque. Vas-y!
Tu veux dire comme Posh? La Femme de Beckam?
Ouais c’est mon rêve. Ma gueule avec sa coiffure…
Tu vas le regretter…
Ca me rappelle quand j’étais à New-York, il y a quelques années, toutes les femmes arrivaient et me demandaient « un truc original, un peu particulier, vous savez comme Posh, comme Katie Holmes ». Des carrés plongeants j’en ai fait des milliers…
Ok, tu veux pas me faire une coupe Tonihégui?
Ouais, un truc de tektonik?
Pffff… Tu vas morfler!
Mais sinon un carré plongeant avec une iroquoise? C’est faisable, nan?
…de tout façons une iroquoise elle tiendra jamais sur tes cheveux…
…pfff…
Désolé c’est pas de ma faute si t’as des cheveux ondulés. Tu te ballades, là, avec tes origines d’on ne sait où…
Moi aussi j’ondulait quand j’avais mes cheveux longs.
Moi j’avais les cheveux très raides, à l’époque, avant d’avoir des anglaises.
C’est vrai? Et c’est depuis la grossesse qu’ils se sont mis à onduler?
Ouais depuis l’adolescence. Mais j’m'en suis pas rendu compte tout de suite parce que j’me passais la tondeuse.
Donc t’étais frisouillé.
Et est-ce que t’as eu des boutons.
Ouais carrément!
Attends, t’étais frisé et t’avais des boutons? Ca va, c’était pas trop dur? T’as pu surmonter?
J’ai survécu…
Et est-ce que t’as pécho à tire-larigot quand même? C’est toujours un truc que j’me suis demandé. Parce que moi j’en ai eu, mais… Pas! Pas du tout!
Oh moi j’en ai eu… Mais c’qu’est bien c’est que sur toi tu les vois pas!
D’ailleurs c’est peut-être pour ça que tu fais plus masculin que moi! C’est ça qui m’énerve. Hahaha! J’en ai marre!
Mais non, ce sont mes cheveux longs qui font plus masculin.
Oui c’est vrai, c’est très masculin les cheveux long en ce moment…
Et sinon Gisèle? Quelles nouvelles?

Bref, ça a duré une heure…
Une heure pendant laquelle on a parlé de tout et de rien.
Raconter des conneries, nos vies, des commérages; passage obligé.
Badminton, Marseille, Aix-en-Provence, lunettes de soleil, un grand-père douanier, école maternelle, sacs Castelbajac, locaux du quartier, pissaladière et pan-bagnat, des métrosexuels et de l’homme moderne, la femme cougar, de thé vert et d’accident de bagnole…
Et des ragots…
Ma voisine réalise alors que les mecs sont pareils à des meufs quand ils sont chez le coiffeur.

Autant le bac à shampooings est le plus confortable du monde,
autant j’ai droit à la fin au fauteuil séchoir hi-tech.
Le truc dont j’ai toujours rêvé.
Un peu comme le siège à mémé bigoudis.

Résultat des courses : j’ai passé un bon moment, agréable, moi qui déteste aller chez le coiffeur.
D’après ma Gisèle, je n’ai jamais été aussi beau !
Elle aime que je sois beau.
Et moi j’aime ça .