Musée Haut Musée Bas

by Jean GLOB

Jean-Michel Ribes, Musée Haut Musée Bas, 2008

Un soir de l’année 2004, accompagné d’une jolie brune, je vais au Théatre du Rond-Point. J’assiste, enthousiaste, à la pièce de Jean-Michel Ribes Musée Haut Musée Bas. Je me souviens en être sortie un peu déconvenue. Ni plu, ni déplu, ni satisfait, ni dégoûté, bof quoi. 4 ans plus tard, rebelote. Jean-Michel Ribes adapte sa pièce au cinéma. Un soir de 2008, je vais voir le film. Cette fois-ci, j’en suis sorti écoeuré, avec la désagréable sensation d’avoir été pris pour un con. Ce soir, France 3 diffuse le film. J’hésite, j’insiste ou pas. Parce que je l’aime bien moi Jean-Michel Ribes. C’est lui Palace quand même. Et puis, en fait non. C’était bien trop mauvais, pire que Les Petits Mouchoirs, parce que là ça fleur bon le faussement intellectuel.

Pourtant, à priori, tous les ingrédients étaient là pour me satisfaire; le trublion Jean-Michel Ribes, le milieu de l’art, des potacheries, une fantaisie débridée et iconoclaste, la satire, l’absurde, l’humour noir, Valérie Lemercier … mais non, rien. La déception n’en a été que plus grande.
Dans Musée Haut Musée Bas une multitude de personnages et une succession de scénettes décousues développent une vision de l’art et un rapport singuliers aux œuvres, le tout prenant la forme d’une joyeuse mascarade. On a donc, d’un côté les spectateurs (groupe scolaire, famille, touristes, beaufs, bourgeois) et, de l’autre, les acteurs du monde de l’art (directeur du musée, personnel, artistes et même un ministre de la Culture). Tout ce petit monde se côtoie dans un musée imaginaire kafkaïen fait de salles et de couloirs où, devine quoi, on se perd facilement. Oui oui, une comédie très subtile donc.

Jusque là, je connaissais Ribes comme un agitateur d’idées, un homme de théâtre, de télévision ou de cinéma qui avait mis en avant un univers riche et construit où l’humour n’était pas antinomique de la réflexion ni de l’intelligence du spectateur. Avec Musée Haut Musée Bas, je l’ai découvert vautré dans une certaine complaisance, voire une grande niaiserie. Le problème n’est pas la caricature ou la douce moquerie de ce milieu, une satire qui, parfois, sonnent juste. Il est plutôt agréable, par ailleurs, d’entendre parler d’art contemporain différemment et en dehors des cercles habituels d’initiés, tout comme il est intéressant, par le biais d’un art plus populaire, de dédramatiser, avec humour et dérision, le rapport à l’oeuvre, au musée, à la création mais, si tout ça sonne creux et qu’on en sort la tête encore plus vide alors à quoi ça sert ?

Musée Haut Musée Bas, c’est du divertissement (ni vois pas là un terme péjoratif) conçu pour faire rire, grâce à cette écriture de l’absurbe propre à Jean-Michel Ribes. Et, finalement, c’est peut être surtout là que le bât blesse. Les recours aux ficelles de la comédie sont tellement (pré)visibles que ça en devient ennuyeux et, bien que dépeignant des situations grotesques qui mettent en lumière certaines vérités sur le milieu de l’art, ce que l’on retient surtout c’est un profond manque de réflexion. Là où la pièce de théâtre pouvait donner lieu à une satire ubuesque du milieu de l’art, le film nous sort des platitudes en espérant qu’on les remarque pas trop cachées derrière une flopée d’acteurs et de personnalités et masquées par une image minutieusement soignée tout droit sortie d’une bonbonnière. Il est vrai que cela flatte l’œil. Pour autant, doit-on se laisser happer par cette forme, si attrayante soit-elle, sans se pencher sur le fond.
A toi de choisir.