Petite Belle

by Jean GLOB

Ils sont tous bien sages, bien rangés, alignés dans leur rang, assis stoïquement, droits dans leur strapontin. C’est la fin du morceau. Le trompettiste lève la tête, sort de sa concentration, ouvre les yeux et fixe un public légèrement froid. Ils applaudissent. Du bout des doigts. Et moi, je trépigne. J’aurais envie d’être là, en 64, d’acclamer à tout rompre, de me lever et de m’élancer dans un Houra collectif. J’ai mis mon vieux Perfecto, mais pour les blousons noirs, c’est trop tard.

Art Farmer  »Petite Belle » Live in England, 1964

Art Farmer, Petite Belle, 1964
Live in England

Art Farmer, artiste important du Jazz des 50′s au 70′s, n’était pas du genre révolutionnaire, free jazz et tintamarre, mais plutôt de ceux qui trace leur route, avec majesté sans vraiment se soucier, du style, des époques, des modes. On est en 1964, le trompettiste américain a déjà une certaine renommée. Il joue avec les plus grands et enregistre à tout va comme sideman et dans ses propres formations.

Petite Belle est un de mes morceaux favoris du trompettiste. Oui, en fait c’est surtout la version studio de 1977, beaucoup plus funky, avec Dave Grusin au clavier, Eric Gale à la guitare, Jérémy Steig à la flûte, et Steeve Gad à la batterie, que j’apprécie. Ce quartet de 64, tu l’auras noté beaucoup plus jazz, offre un morceau épuré, simple, presque classique en fait, mais dont la mélancolie, plus frappante, s’exprime mieux. Presque comme dans une photo du studio Harcourt.