Poilontophile

by Jean GLOB

Hier soir,
attablé à une terrasse, avachi sur ma chaise, je savoure ma bière.
Ma bière d’anniversaire, j’veux dire.
J’écoute pas vraiment ce qui s’dit
Et puis vlan,
y’en a une qui balance :

« Moi, j’aime les hommes avec des poils
Des poils libérés, épais, qui poussent en masse.
Pas des petites touffes par-ci par-là,
ni de barbe clairsemée ou trop taillée,
ou pire encore … un bouc
A la limite, je tolère la moustache,
mais une belle alors, qui recouvre légèrement les lèvres.
Non, moi j’aime la grosse barbe en friche,
les poils frisés et drus qui envahissent le cou et les joues,
comme un petit coussin, piquant, rugueux et moelleux
La peau de poulet, non merci.
Et, j’aime les hommes qui sentent fort aussi. »

Non, mais, elle est pas un peu folle celle là.
Moi qui suis glabre et adepte du sens-bon
C’est presque une agression
Et pourquoi cette addiction aux poils ?
Et puis en rentrant, je tombe sur un texte de Schopenhauer :

« La barbe, ce demi-masque, devrait être interdite par la police.
Elle est, de plus, en tant qu’insigne du sexe au milieu du visage, obscène ;
C’est pourquoi elle plaît aux femmes »

Ha, oui, donc tout s’explique.
La fille en question, c’est juste une obsédée.
Une obsédée anarchiste en plus.