United Colors of The Goutte d’Or !

by Jean GLOB

Ce facétieux jeux de mots n’est pas de moi. J’ai fait un petit emprunt à notre cher photographe britannique. Et, il est trop rigolo Martin Parr. Enfin, point trop s’en faut, quand il s’agit d’être sérieux, il sait aussi.

A la demande de Véronique Rieffel, directrice de l’institut des cultures d’Islam et commissaire de l’exposition, Martin Parr s’est rendu une semaine durant dans ce quartier si prisé des parisiens. Un charmant petit coin de paradis, très propre, calme et où le prix de l’immobilier atteint des records d’inflation. T’as deviné ? Il s’agit de la Goutte d’Or pardi (du nom du vin blanc que les vignes produisaient jadis sur cette douce pente montmartroise). Donc, en janvier, entre Barbès, Chateau Rouge et La Chapelle, dans ce dédale de rues, de marchés et d’échoppes, Martin Parr a capturé la vie grouillante de ce quartier cosmopolite à bien mauvaise réputation. Réhabilitation par l’art ? En tout cas, c’est un début.

De ses pérégrinations Martin Parr a tiré 2000 photographies, 35 sont exposées à l’institut. Toute la difficulté du projet a été de ne pas tomber dans une caricature ou un jugement et, surtout, de réussir à s’introduire réellement dans le quartier (convaincre les habitants, abolir les peurs et les appréhensions, dépasser les barrières) pour produire autre chose que de simples images/documents sur un quartier difficile. Accompagné par des médiateurs de l’I.C.I, Matin Parr a réussi à capter l’essentiel (vie de quartier, us et coutumes des habitants…) ne laissant place ni à la polémique, ni à la critique complaisante ou à la dérision et encore moins à la provocation.
Parce que, faut pas croire, mais Martin Parr, sous ses airs bonhommes abonné à la kitcherie et à l’humour grinçant, n’est pas tendre avec ses contemporains. Tout le monde y passe, de la middle-class anglaise (dont il se réclame lui-même) à la nouvelle bourgeoisie clinquante, aux couples, aux touristes, aux banlieusards tokyoïtes, aux accros du portable ou aux bronzeurs des plages d’Amérique Latine… Le photographe n’épargne personne, ou presque. Depuis plus de trente ans, à travers le monde, Martin Parr épingle nos conditionnements sociaux et culturels et développe un commentaire visuel, une forme de collection, des travers de nos sociétés de consommation. Aussi, inviter Martin Parr à photographier la Goutte d’Or c’était prendre un risque. Mais quelle bonne idée. L’anglais a réussi à porter un regard nouveau sur ce quartier en déshérence et à le sortir du contexte national et des polémiques qui l’agitent. Un vrai bol d’air.

Avec The Goutte d’Or ! on retrouve le style de l’artiste, utilisation du flash (même en plein jour), couleurs saturées et vives, gros plans, scènes de foule, moyens et grands formats. Oui, c’est bien la touche Martin Parr. Mais il a laissé un peu de côté son mordant pour un regard plus tendre, plus attachant. Enfin, qu’on se le dise Martin Parr reste anglais tout de même (et c’est aussi pour cet oeil d’étranger qu’il a été invité par l’I.C.I) et il n’a pas oublié cette sensibilité so british, ce qui aurait été dommage. Et, l’on retrouve avec plaisir cette humour caustique (notamment grâce aux titres) relevant des absurdités sociales, des situations cocasses ou des personnages singuliers. Cependant, le regard se fait surtout tendre et presque bienveillant. Car, derrière cette ironie aucune moquerie (ce qui n’a pas toujours été le cas dans ses séries antérieurs) mais un humour affectueux, développant alors une forme d’empathie et d’attachement avec ce quartier et ces habitants.

Dépouillées d’un décorum habituel, propre à l’art contemporain, et exposées de façon modeste (pas d’encadrements mais des posters accrochés aux murs par des aimants) les photographies semblent plus que jamais accessibles à tous. Et, après tout, Matin Parr le dit lui même, il n’est pas artiste mais photographe. Mais quel photographe ! Les images sont magnifiques, simples et pleines de spontanéités, elles se suivent structurées en quatre chapitres (Melting Potes, Spiritualités, Rituels, La I-Cité) et invitent à la découverte d’un monde nouveau, au coeur de Paris, où les vieux cinémas sont des temples de la chaussure, où les théières en plastique à 5€ sont dignes du dernier corner branché du Marais, où les chiens méchants ont l’air gentils, où les religions s’expriment sans tabou, et où il existe une « société des ambianceurs et des personnes élégantes ». Un monde de rêve ? Apparemment, à la Goutte d’Or c’est possible.

« La photographie n’est jamais le réel mais un point de vue, un regard sur ce qui est là. Tout est dans cet interstice, sinon tout le monde prendrait les mêmes clichés »
Martin Parr.

The Goutte d’Or !
L’institut des cultures d’Islam invite Martin Parr
Jusqu’au 02 juillet 2011
Institut des cultures d’Islam