Forêt Noire

by Jean GLOB

Il fût un temps, il n’y a encore pas si longtemps, où j’étais en joie.
Oui, une telle joie, chers globleurs, que je ne peux m’empêcher d’étaler cet absolu bonheur, cette extase sismique.
Mais tout ça est a conjuguer au temps passé car, désormais, ma félicité m’a quitté et a laissé place à un spleen très post-rentrée.

Avant, c’était bien.
C’était la joie des congés payés.
C’était la joie d’une douce nuit, du matin et des tartines sur la table du jardin, du saut dans l’eau de la piscine, la joie de l’océan, de l’écume, des vagues, c’était la joie du sable , la joie du soleil, la joie du silence.
Aucune contrainte, rien. C’était bien.

Mais tant de joie me paraissait si insolent que pour contrebalancer mon allégresse harmonieuse, j’avais décidé de me consacrer à quelques lectures incongrues, inhabituelles, improbables et inclassables.
Une seule me convaincue et le reste demeura inachevé au fond d’une valise.
Le livre en question était une invitation à une belle ballade.
La ballade de la Forêt Noire. Noir comme la mort.
Ce fût une chouette lecture.

Morceaux choisis :

« (…)Dans une région ensoleillée, plusieurs couples mariés, dont quelques-uns ont des enfants, passent l’été entre amis dans une villa avec piscine. Une nuit, deux petits, le frère et la soeur, quittent leurs lits en silence et empruntent l’escalier, sortent vers le jardin, foulent dans l’obscurité l’herbe déjà tiédie et se dirigent vers le bassin, ensorcelés par le turquoise luminescent de l’eau. Le matin au réveil, après quelques appels inquiets à l’intérieur de la maison, les adultes les trouvent noyés, flottant à la surface. »

« Un soir en revenant chez lui après une brève absence, il avait remarqué une flaque de sang par terre et découvert au fur et à mesure qu’il parcourait les pièces que son colocataire avait décidé d’en finir de la façon la plus atrocement douloureuse qu’il avait pu trouver, en avalant du produit déboucheur pour canalisations. »

« (…) La nouvelle fait le tour du petit cercle en quelques heures à peine : là-bas, dans ce pays, en compagnie de ses enfants dans une voiture de location, dans un endroit qu’il connaissait un peu mais pas au point de savoir quel trajet emprunter dans la ville, il s’est retrouvé au milieu d’un quartier comme il y en a tant, avec des immeubles d’habitation à peu près identiques et des allées désertes aux heures les plus chaudes de l’après-midi, il aurait emprunté une rue en sens unique dans le mauvais sens et heurté le véhicule qui arrivait en face, et sa vie a été fauchée à cause de ce moment très court où l’oeil aurait dû voir un panneau rouge et blanc sur le bord d’un trottoir. (…) »

De la joie, je vous dit.

Forêt Noire
Valérie Mréjen
P.O.L